La notion « Oku »
Presque inséparable du Ma, le mot Oku désigne L’intérieur.
« Un lieu situé profondément dans l’intérieur des choses, loin de leur aspect externe. » (in Berque, 1982).
Au japon, les lieux sacrés ou importants sont souvent cachés ou difficiles à atteindre. Un temple, dans la profondeur d’une vallée, ne pourra être trouvé qu’après un long et ardu chemin. Les recherches pour connaître ce lieu, le chemin que l’on va difficilement parcourir… Toutes ces actions sont aussi importantes que ce que l’on va trouver dans le lieu même.
Aujourd’hui, même dans Tokyo, des bars de qualité, des cercles d’études, ne pourront être atteints sans la bonne personne, sans le bon initiateur, après une aventure dont la logique est très subjective.
Une idée très présente au Japon, est que toute connaissance, action, philosophie est une partie d’un chemin. Ce chemin permet de nous préparer à ce que l’on va trouver. Il permet aussi de déguiser notre curiosité, de nous donner envie de progresser. L’intuition, de ce qu’il y après, à l’intérieur, l’Oku.
Couche par couche, la progression nous permet d’être plus près de notre but. ( Et certaine fois de voir ce point s’éloigner et s’élargir ). Il sera facile pour le lecteur assidu, de deviner un rythme, des plans différents, des pauses … Que toute cette musique est directement liée à la notion de Ma.
Avoir une vision sur l’Oku, c’est la capacité de pressentir, deviner, les évènements, les lieux, les personnes… Voir, ce qui est suggérer. Ou bien sûr de préparer ce chemin pour d’autres.
En arts martiaux, nous pourrions parler des mouvements que font les Karate-Ka, seuls imaginant un ou plusieurs opposants. En Aikido, l’échange entre les partenaires, souvent associé à une danse est totalement dicté par des mouvements (Potentiels) invisibles/non spécifiés. Bouger ou accepter un déséquilibre, pour éviter une attaque évidente pour les pratiquants. L’Oku est ce qui n’est pas visible, l’Oku suggère une partie absente et pour autant évidente de l’acte.
Le Kinbaku japonais est évidement lié à cette notion. Dépendant bien évidement du contexte, de la relation des protagonistes, de leurs états (physiques, mentaux et spirituels), chaque élément de l’encordement, chaque pose dans la réalisation, chaque échange, bien orchestrés sont autant de signes sur une suite, ou sur un « pourrait être ». Deux partenaires qui se connaissent bien peuvent largement engager une discussion non verbale. Deux autres particulièrement réceptifs, attentifs et à l’écoute de l’autre feront certainement de même même s’ils se connaissent peu ou pas.
Il y a d’ailleurs ici la réalité de l’Oku, non pas sur ce que la forme va devenir, ou ce que les protagonistes vont voir. Mais, ce qu’il vont ressentir. Le passage des cordes, loin de dessiner des formes sur un corps, raconte une histoire à qui sait, ou peut la lire… peut-être aussi à ceux qui cherche à la lire?
Comme la plupart des arts japonais, le kinbaku a une représentation physique pour exprimer une attitude mentale et une recherche spirituelle.
Parfois, l’échange va justement conduire les impressions du modelé, de sa perte de liberté physique jusqu’à la dérivation vers un autre monde, une autre réalité, chimère… cela sans même en avoir conscience. Une progression prodigieusement orchestrée par le Nawashi (Attacheur) vers cet endroit mystérieux, l’Oku.

Picture from Nobuyoshi Araki, to me is a good vision of Oku