La notion d’Omote et Ura. 面 裏

Posted by on oct 22, 2011 in Etude

La notion d’Omote et Ura.  面 裏

Trop souvent traduit en occident (En particulier en art martiaux) par : une chose et son contraire (opposé), les notions de Omote et celle de Ura sont indissociables.
Omote la partie visible, Ura la partie cachée.
Loin de parler d’opposition, nous allons parler de complémentarité.

  • Omote (面) Désigne la face visible ou active d’un état, action, technique, sentiment… C’est ce qui visible ou ce qui semble se passer.
  • Ura (裏) Désigne la face cachée ou la raison du même état, action, technique, sentiment… C’est bien souvent le rapport intime, la raison explicative, le mystère réservé aux initiés.

Pour mes lecteurs assidus, il sera facile de faire une connexion entre la notion Oku et cette double notion. Le chemin et l’effort fait, l’objectif et le résultat espéré…

Cette lecture est avant tout liée à la particularité insulaire du japon et sa culture très guerrière. Les japonais ont l’habitude d’éviter les conflits, désastreux car jusqu’au-boutiste. La pression de la géographie (20% du territoire habitable, volcan, typhon, tremblement de terre…) et de l’organisation social, ajouté aux risques de conflits, rend les japonais particulièrement prudents sur l’exposition/l’affirmation de leurs trésors internes.
D’où une dichotomie entre leurs comportements sociales et leurs raisons d’être.
Omote-Ura.

Nous ne pouvons parler des notions d’Omote-Ura, dans la société japonaise, sans parler des notions de Tatemae et Honne, application très claire :

  • Tatemae (建前?), littéralement « façade », le comportement, les habitudes et les opinions affichées en public. Le Tatemae, c’est ce qui est attendu par la société (Groupe de personne) suivant la position de chacun et les circonstances (Ambiance/humeur général). Et cela peut ne pas convenir à la personnalité de chacun. Ce n’est pas un choix, ou une option, mais une attente qu’on ne peut transgresser.
  • Honne (本音?) littéralement « Le vrai son », le vrai désir, sentiments et intentions. Cela peut être (mais pas obligatoirement) le contraire de ce que la société attend. C’est un désir souvent caché. Seulement affiché avec des amis très proches ou sous l’excuse de l’alcool. (Excuse utile pour pouvoir communiquer…)

Dans la cellule familiale L’homme a le rôle de Tatemae et la femme celui de Honne. Complémentarité, le combat (Travail, relation social…) et sa raison (Famille…).

Nous pourrions continuer notre exposé en introduisant les notions asiatiques, de Yin et de Yang. Mais de nombreux écrits existent déjà, je vous invite à les lire.(Exemple wikipedia)

Or Donc, la lecture suivant la notion Omote et Ura est-elle une vision Dualiste ? Nous y reviendrons, mais en tout cas ce n’est certainement une conception manichéenne de la réalité. Il y a dans cette double notion, parfois une idée de contraire et d’opposition, mais surtout une relation d’interdépendance, de transformation, de mutation voir même d’engendrement.

Par exemple, le sabre japonais (Comme toutes les épées, digne de ce nom) est construit sur ce principe. Le tranchant (Omote), effilé qui va menacer, voir couper. Le noyau (Ura), corps du sabre va lui donner sa force et encaisser les chocs. Deux techniques de forges différentes, deux raisons différentes… L’une et l’autre sont liées. Le tranchant d’un acier cassant a besoin du corps pour encaisser les chocs, le corps est peu efficace seul et ne dispose pas de l’autorité du tranchant.

Interdépendance.

Dans un registre toujours martial, l’aïkido est un art japonais fortement basé sur cette notion.
Premièrement, de façon didactique, chaque technique peut se faire en faisant face (Omote) à l’adversaire (En prenant un angle, introduisant un déséquilibre…) ou en se glissant dans le dos de l’adversaire (Ura). L’idée étant que si l’opposant ferme une possibilité l’autre devient facile.
Deuxièmement, dans le rapport des techniques entre elle, On retrouve aussi cette notion. Si au milieu de notre technique l’opposant se ferme et bloque la technique, il y a toujours une autre technique complémentaire qui profiter de cette nouvelle attitude. (Par exemple pour les connaisseurs Kote-gashi – Irimi-nage)

Transformation et mutation.

Pour rester sur les danses martiales, tout acteur de ces activités comprend que les mouvements effectués, souvent souples et entendus,  ne sont que la résultante de mouvements invisibles et très offensifs. Omote ce que je vois, Ura ce que je perçois…
C’est ici que nous rejoignons, le concept de Oku.

Engendrement.

Un mot sur le dualisme. Omote Ura, deux aspects d’un même état, acte, concept, objet, idée, sentiment… Deux réellement ?
« Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations. » (Nietzsche)
Loin de vouloir donner dans le nihiliste européen. Les japonnais sont issus d’une culture polythéiste. Les dieux sont nombreux, tout comme les réalités. Tout comme les raisons et les conséquences.
Il y a toujours plusieurs Ura, qui vont créer un Omote. Un Ura a la capacité d’engendrer plusieurs Omote.
Une vision fine de cela, c’est de percevoir le Flow des transformations possibles et de, si le cœur vous le suggère, d’en choisir.

Et, les cordes dans tout cela ?

La philosophie de bar me pousse à écrire les évidences.
L’attacheur et son modèle.
L’image de l’emprisonnement et l’évasion de l’esprit.
La dureté de l’acte et la douceur des cordes.

Nous retrouverons, comme dans les arts martiaux, la complémentarité d’une technique à l’autre :
Les mains bloquées en face du sexe, les coudes près du corps.
Les mains dans le dos avec les coudes au-dessus de la tête.
Un exemple.

L’organisation spatiale du corps. Si une tension d’un muscle ou du corps interdit une forme, il existe toujours au moins un mouvement complémentaire qui permet de profiter de cette donnée.
Un autre exemple.

Nous porions aussi parler du chemin des cordes sur le corps du partenaire, les endroits où elles se dirigent naturellement, ceux où elles se bloquent d’autres où elles se perdent. Tout cela évidement évoluant suivant les belligérants, les situations.

J’aimerais simplement parler de ces moments, dont j’ai été parfois témoin, parfois acteur.

Deux personnes.
Chacune se prépare.
L’un sort et organise ses cordes, les disposes dans l’espace, les organise.
L’autre, peut-être, se déshabille ou simplement se détend, respire se rend disponible pour la suite.
Une pause, un instant. (MA)
Quelque chose se passe, quelque chose que nous ne pouvons voir, mais qui est évident.

L’approche, la prise contacte, le début de la fusion de de deux êtres, deux réalités, deux sphères êtres.
La première corde, une importance, un choix une prise de décision qui ferme certains chemins, mais qui ouvre une infinité d’autres. Les échanges corporelles, se mélangent au chaos émotionnel. La discussion est engagée.

Silencieuse mais assourdissante.

Nous allons vivre un moment, rare.

Après le flow, celui des cordes, des mouvements du Nawashi. L’esprit de l’un qui dérive porté par des mots corporels. L’esprit de l’autre qui laisse les idées, les intentions apparaitre et éclater comme des bulles.

L’instant.

Ils sont tellement loin dans ce monde chimérique.

Il y a après les jeux, les pauses, le désencordage, le retour à la réalité, sortir de la bulle de ce monde…

Tellement de moments ou d’états liés au moment.
L’acte s’efface devant sa portée, ce qu’il représente, ce qu’il implique, ce qu’il engendre… Et surtout ce que les mots (Corrosifs et réducteurs) ne pourront jamais d’écrire.

Omote et Ura. Une lecture, un concept pour se construire.

Bien sûr, Ce ne sera pas un texte qui nous permettra d’avoir une vision fine de cela, mais la pratique, l’observation et de l’humilité.