Kinbaku Modèle

Posted by on déc 12, 2011 in Etude

Kinbaku Modèle

Devenir modèle de Kinbaku, tout un programme…

D’un côté, il y a le travail photo de base fetish, la plupart des photographes n’ont aucune idée de ce qu’ils font, les cordes si on pouvait tourner autour du modèle n’ont aucune organisation (Elles sont parfois détachées ).
D’un autre côté, il y a les joueurs qui utilisent le bondage japonnais comme on utilise une paire de menottes. J’achète trois cordes, un livre de « Comment apprendre le shibari en quinze minutes » (Pour les patients) et ils se disent expert…

Au milieu de tout cela, c’est le grand vide, ou presque.

Là-dessus, les modèles ne font que copier. Je me suis fait suspendre deux fois, je suis donc un modèle expert. Je passe sur les personnes qui voudraient une large part de la technique, sentiments et sensibilités de leurs partenaires dès le premier contact…

Le Kinbaku est un art de communication. Une discussion ou au moins trois êtres vivants ont leurs mots à dire. L’attacheur, l’attaché et les cordes…
Sur ce texte, j’aimerai me concentrer sur le modèle, mais ce qui va suivre et certainement applicable à l’attacheur ou à la corde…
Tous les arts japonnais sont censés suivre ce développement : l’esprit, la technique et le corps. (Shin-Gi-Tai) Plus exactement appréhender une voie et avancer en accord avec, c’est inscrire son être dans un développement personnel. On travaille une de ses composantes avec dans l’idée de laisser grandir/mûrir les deux autres, puis on change. Une idée d’engendrement. Et non pas de développement distinct. Un art n’est pas un sport, et cela est désolant quand des pratiquants d’Art Martiaux (soit disant) vous expliquent qu’il faut dix ans pour construire le corps, puis dix ans pour la technique et encore dix pour l’esprit. Nous sommes des êtres unique, complet et entier (Et extrêmement contradictoire…) et nous nous devons de cultiver la totalité de notre champs.

Avant de continuer, Je me permets de reporter ici un texte très explicite sur la triple notion de Shin-Gi-Tai.
Shin, Gi et Tai correspondent à trois éléments unis dans la pratique mais distincts dans la conceptualisation. Leur ordre de présentation ne présume en rien de leur priorité ou importance : les isoler permet avant tout l’analyse de leurs interdépendances.

心 Shin
Le caractère Shin (心), qui peut également se lire kokoro, est une représentation stylisée du cœur (l’organe) dont il a également le sens. Mais l’image véhiculée est celle du centre d’un système qui irrigue jusqu’au plus petit des vaisseaux sanguins, jusqu’à la moindre cellule puis qui recueille, retraite en retour pour à nouveau alimenter de « sang neuf » le système tout entier. De façon générale, il s’agit donc de ce qui se trouve au centre. Au centre de l’émotion, du mouvement, de la motivation, de l’intention et c’est pourquoi il possède également ces différents sens ainsi que celui de force spirituelle. Shin représente donc la dimension spirituelle.
技 Gi
Le caractère Gi (技) signifie « main capable d’un travail aussi minutieux qu’une petite branche ». Il s’agit de la technique, mais il faut la différencier du jutsu de jû-jutsu, par exemple. Dans le second cas, il s’agit de techniques codifiées et traditionnelles transmises de maître à disciple sans ajout ni modification. Gi, lui, n’est ni la méthode, ni la « recette », mais la maîtrise de cette technique, par le travail, par la pratique. Il s’agit de l’habileté technique intériorisée. Ce même caractère peut également se lire « waza », que l’on retrouve notamment dans tokui-waza, le « spécial », ou plus exactement « la technique dont on a la connaissance la plus intime ».
体 Tai
Le caractère Tai (体) (avant qu’il ne soit simplifié fin 1946) signifie « les os correctement organisés ». Tai est le corps (Tai-otoshi), la dimension physique, le moteur du mouvement. Il est le moyen par lequel s’exprime le shin au travers de gi. Sa capacité de réponse à l’intention et d’adaptation à la situation dépendant du niveau de pratique. La répétition précise des mouvements, aussi bien des techniques que des habiletés techniques fondamentales sur de longues années permet d’entretenir et cultiver ce que l’on appelle « la mémoire du corps » ou karada no oboe.
Article de Yves Cadot paru dans Judo magazine 184 en mars 2000.

Pour ceux qui auraient compris la notion Omote Ura, il est facile de faire une correspondance. Le Tai体 pouvant être la partie Omote, le Shin心la partie Ura et le Gi技étant l’élément liant et transformant, permettant de faire communiquer Omote et Ura, jusqu’à la résonance.
Pour ceux qui auraient compris la notion d’Oku, il est aussi possible de faire une autre correspondance. Ce chemin dont la destination est cachée, réservée aux inities et chercheurs. Du corps, jusqu’à l’esprit/l’âme ou la technique transporte sur le chemin de nos émotions.

Je suis toujours surpris de voir des personnes avoir la possibilité de pouvoir enchainer les jeux de corde, passer d’un attacheur à un autre. De voir, les modèles de mes stages pouvoir enchainer 3 heures de stages sans craquer. Une certaine superficialité, chez des gens qui ne le sont généralement pas !
Pourquoi ? Les attacheurs sont les principaux fautifs (Moi le premier). Actifs, dans les soirées essayant de démocratiser notre art, attachant à tour de bras, industrialisant notre présence pour pouvoir contenter tout le monde… C’est certainement un exercice très intéressant d’attacher, de gérer l’énergie de toute personne qui se présente. Un exercice que je pratique, un exercice que je conseille à mes élèves. Pourtant attacher ce n’est pas cela, c’est organiser cette rencontre où le moyen de communication va être la corde. Où le sujet c’est la tension entre les personnes. Pénétrer la sphère intimiste de l’autre, le sécuriser, prendre son contrôle, l’aider à se laisser aller, se libérer, explorer cette offrande, ce nouvel espace de l’être, jouer avec ses émotions et sensations, le calmer et le ramener à la réalité, lui donner l’espace qu’il se retrouve… Et se rendre compte que le même processus vient de se produire en nous-même.

Nous sommes souvent loin de cela avide, de corps, photos, expériences, gloire…

Et les modèles ne font que se coller sur notre ego. Génération facebook qui demande plus la mémoire de l’expérience que l’expérience elle-même.

J’arrête la ma critique.

De mon point de vue, Être modèle de Shibari, ce n’est pas :

- Avoir entre 18 et 25.
– Faire un 90/60/90
– Pouvoir être suspendu pendu des heures/ ou être attache pendant des heures
– Avoir un sens du spectacle ou de l’esthétique.
– Être SM
– Être fetish

Mais plutôt la capacité à ouvrir une communication avec la personne qui attache et ce qu’il y a de profond en nous. Bien sûr tout ce qui a été cité au- dessus sont des éléments utilisables, voire intéressants, mais souvent réducteurs.

Si l’on considère, le travail du modèle. Il y a bien sûr une préparation corporelle. Qui peux s’axer sur deux directions le temps et l’instant.

Le temps, nous pourrons nous en douter, tout le monde a des capacités et un corps différent. Prendre soins et conscience de ce corps, dans nos sociétés où le travail, tout comme nos loisisr de plus en plus nous portent à stopper devant un PC, dans une position assise plus ou moins destructive. Notre corps aime être utilisé et mis à l’épreuve, explorer ce point c’est aussi donner aux cordes un matériel physique plus riche. C’est aussi avoir une meilleur lecture du mouvement, équilibre et de sa position dans les cordes. Quelqu’un qui ne mange que des fasts Foods aura certainement du mal à apprécier de la grande cuisine. Comment une personne qui nie son corps pourrait réellement lire et comprendre toute l’attention qu’une autre personne lui apporte ? Ce n’est pas donc d’essayer de faire correspondre son corps à une image ou un fantasme commun, mais apprendre à l’utiliser et le respecter dans sa construction. C’est déjà commencer un échange et une discussion avec lui.

Ce corps, où les notions liées au corps, nous pourrions aussi en parler dans la préparation. Celui que l’on trouve avant l’acte. La préparation, peut prendre de multiples formes, le laver dans l’esprit, de le purifier et de s’offrir, le chauffer et l’assouplir, le parer/l’orner… Tout cela peut aider à rendre l’événement spécial, et donc à intensifier l’échange.

Nous relirons tout cela à la notion générale du Tai, le corps

Ce corps qui va se placer, se déplacer, s’ajuster, se détendre dans les cordes. Cela peut paraitre évident dans une suspension, où l’attacheur comme l’attaché sont responsables du bon déroulement du processus. Un Modèle expérimenté pourra re-balancer, son poids sur tel ou tel appuis libérant tel ou tel espace. Combien de performers professionnels ont remercié leurs modèles pour avoir libérer la tension sur une corde, laissant toute la latitude à l’attacheur de refaire un nœud, une forme, une sécurité… Mais bien avant toutes considérations pragmatiques, la capacité du modèle à trouver et explorer son équilibre dans la figure proposée est une bonne réponse/interaction au propos de l’attacheur. De cette compréhension ou non compréhension, il pourra à loisir changer telle corde, tension, voir rajouter un nouveau paramètre… Une discussion s’engage ! Nous avons commencé par parler d’une suspension, transposant cela sur un travail au sol, de compréhension ou d’extension. Le propos est le même.
Nous commençons à parler de technique, non pas de celle qui s’apprend par la répétition et la mécanisation d’un mouvement, mais celle qui s’inscrit doucement au fond de nous, par la pratique et les situations nouvelles. Nous l’appellerons Gi. Directement issue de la capacité à vider son esprit. D’attaquer chaque jeu de corde comme si cela était le premier. C’est bien l’esprit du débutant, celui qui est curieux de tout, qui ne peut s’attacher à aucun acquis.

Or donc le Gi, ce corps qui va apprendre à évoluer et discuter avec des cordes. Est il l’ajout de connaissances/expériences, ou simplement l’effeuillage des peurs appréhensions et retenue du modèle ?

Une profonde connexion au souffle et à son HARA (Notion à préciser) en sont les composantes évidentes.

Tout ce travail pourquoi ? Une photo, un spectacle, un moment SM… Si tous ces buts sont honorables, la base de ce que l’on fait c’est l’instant. Instant où le passé, comme le futur ne sont que des bulles parmi les multiples réalités qui s’offrent à la communion des participants. Etat de méditation, où le flow peut se suspendre ou simplement courir d’un instant à l’autre, d’une pause à l’autre, la douce transformation du MA (l’espace temps). Un laisser-aller, un renoncement libérateur. Un état où les idées, les émotions, les concepts, sensations, images, sons, senteurs… se mélangent et se dissocient. Un état que l’on pourrait comparer aux expériences spirituelles. Un état que certaines drogues pourraient nous ouvrir. Un état que l’on peut essayer de retrouver parmi tant de pratiques, mais qui est pourtant si difficile à atteindre…
Le corps même du modèle, se connecter à ce qu’il y a au fond de lui. Le vivre, le respirer, le partager… Un état où la réalité ne devient qu’une chimère limitée par nos perceptions. C’est le corps même de notre pratique, le Shin. Le cœur et l’émotion.
Loin de toutes images, comparaisons, compétitions. Le propos étant de se connecter avec l’univers et de ne plus faire qu’un avec lui.

Vaste programme, dont l’ambition me terrifie.

Cet article est remplie de mots qui n’ont aucune importance, réducteur. Être modèle de shibari/kinbaku c’est s’inscrire profondément dans une démarche spirituelle/religieuse/martiale. C’est choisir la personne qui va vous initier. L’écouter, s’écouter, la respecter, se respecter… Être modèle de shibari, c’est un acte d’un incroyable courage, où l’on s’offre totalement à l’autre. Où quand on arrive à se laisser aller, la vie et la mort n’ont plus vraiment d’importance et le passage de l’un à l’autre est déjà accepte.
Il n’y a pas de chemin plus difficile pour l’attacheur que de porter quelqu’un a ce niveau. Il n’y a pas de responsabilité plus grande que d’accepter cette offrande.