Nawa (縄) ou la corde !

Posted by on jan 29, 2012 in Etude

Nawa (縄) ou la corde !

Un bon artisan a toujours de bons outils.

La corde, appelée Nawa en Japonais, est l’élément physique fondamental de notre pratique. Elle sert autant à délimiter un espace, que construire un cocon pour décrire une nouvelle réalité. Ma vision du bondage c’est la construction de cette Armure (Yoroi, en Japonais) éventée, dont l’esthétique et le mouvement (Il est possible de nager avec un Yoroi) c’est d’ailleurs l’un des arts classiques du samouraï ou du guerrier (Bushi)) n’ont pas été oubliés, mais répondent à des règles Humaines/Animales plus profondes. Cette armure, Ce cocon, ce sont les cordes qui vont nous permettre de le faire, de le défaire, mais surtout de le transformer et, de le faire évoluer.

Elles sont donc le véhicule de notre communication. Notre choix sur leur matière, nombre, couleur et longueur est bien sur primordial. D’ailleurs, la première question (Ou l’une des premières questions) de l’étudiant, c’est quel type de corde on utilise en Nawa-Shibari (littéralement Attacher avec des cordes)?

Les conseils de base sont d’attacher avec des cordes en chanvre de 7 mètres pour les femmes, 8 mètres pour les hommes et les occidentales (diamètre de 6 mm). Le chanvre est débarrassé de tous les agents chimiques que la fibre aurait pu récupérer, Assouplie et adoucie. Les techniques pour faire ces opérations sont nombreuses et trouvables sur le net. Traditionnellement, cela faisait partie des enseignements offerts par le maitre, ou partagés dans un cercle d’étude. A Tokyo, les meilleurs préparateurs de corde gardent jalousement leurs secrets ne le partageant qu’avec un groupe très restreint de fidèles.

Ce sera souvent le discours classique que l’on donnera au débutant. Pourtant la vrai réponse, c’est il n’y en a pas.
Disséquons un peu tout cela !

La matière :

•    Chanvre, c’est la matière la plus traditionnelle. Elle doit être préparée, entretenue. Elle s’imprègne des lieux, des situations, des gens. C’est une matière très vivante. Une matière qui prendra beaucoup de personnalité.
•    Le lin, est très proche du bon chanvre. Il demande quasiment pas d’entretient. D’expérience personnelle, c’est une matière beaucoup plus neutre qui se chargera beaucoup moins des émotions de vos partenaires et de vos propres expériences.
•    Le coton, sa douceur et sa texture lui donne un coté amateur. Pourtant l’un des performers les plus connus de Tokyo, l’utilise beaucoup dans ses shows.
•    La soie, matériau noble par excellence, a le grand défaut de ne pas avoir suffisamment de force de frottement… Le travail avec cette matière est donc très difficile.
•    …
La matière, il me semble, devra avoir surtout, la qualité de ne pas abimer la peau du partenaire, ne pas être élastique (pour éviter les problèmes de discontinuité de la pression, donc les problèmes de saignements internes) et bien sur, la résistance qui tranquillisera la suspension ou des jeux de tension !

La longueur :

En Europe, il y a une préférence quasi totale pour une longueur de 8 mètres. Cela est, paraît-il, bien adapté au corps des attachés… Vraiment ? Je pense que la longueur d’une corde doit être surtout adaptée à votre propre morphologie. Ce qui est important à mes yeux, c’est la continuité dans votre mouvement et dans le mouvement de vos cordes. Pour des raisons que nous expliquerons plus tard, votre corde, quand elle est double, doit faire deux fois votre envergure plus un petit quelque chose. Je mesure 1m87 et les cordes de 8 mètres me paraissent interminables… Quand j’ai un/une partenaire un peu plus grand(e), j’utilise une corde de 5 mètres pour m’adapter !

 

Leurs nombres :

Il est possible de développer des choses extraordinaires avec une seule corde.
Il est possible de développer des choses extraordinaires avec beaucoup de cordes.
Il est intéressant de fixer ce paramètre. Non pas, pour s’enfermer ou se limiter, mais pour s’offrir un cadre d’étude et de réflexion, une pratique. Le jeu de base/debut au sein de l’école que je pratique, c’est 4 cordes longues (7 ou 8 mètres) et une corde de 5 mètres. Cela permet de faire beaucoup de choses dont la suspension.  Cinq étant aussi, un nombre sacré au japon. Il y a 5 éléments de base (五大 Godai Bois, Feu, Terre, Métal, Eau ou terre, feu, air, eau, vide), il y a 5 plis sur le Hakama (3 et 2), le livre d’art martiaux le plus connu s’appelle le traité des cinq roues (Go rin no sho)… Voilà, nous sommes tombés dans l’ésotérisme et, je ne vous ai même pas parlé de la suite de Fibonacci, du nombre d’or et des vagues d’Elliott !  Mais la contrainte du nombre, oblige l’attacheur à s’adapter et à choisir un style, épuré, basé sur de très nombreux détails…

Leurs couleurs :

Cela aussi est important. Naturel ou pas, plusieurs couleurs ou pas… La corde représente un aspect émotionnel très sérieux. Se faire attacher est avant tout un acte psychologique et émotionnel très fort. Accepter de se faire attacher demande une confiance, donc une approche intelligente du model.  Les cordes dont nous disposons vont avoir un impact très fort, elles font partie du processus. Je pense que la couleur, dans un monde qui est très visuel sera certainement l’un des premiers contacts du model à notre travail… Si, pour quelqu’un qui considère la corde comme une parure, avoir plusieurs couleurs est intéressant. Cela sera plus délicat pour une personne ayant une démarche BDSM, la sobriété d’une seule couleur (Souvent Noir, Rouge ou naturel) fixera plus facilement le cadre. Une couleur vive pour une performance(Le rouge souvent)… Pour les puristes, le chanvre au naturel semble avoir un vrai sens !

Nous pourrions continuer à disséquer ces objets que nous vénérons. Mais le plus important ne peut vraiment pas passer par des mots : la façon dont elle vole dans les airs, son contact avec la peau, le son qu’il lui est lié, la façon dont elle communique avec les protagonistes… Chaque corde est unique, et va révéler beaucoup sur la personnalité de l’attacheur, ses connaissances et le chemin parcouru sur la voie. Observer la corde d’un attacheur, c’est observer son histoire et son évolution.

C’est comme les pinceaux, ou mieux, la couleur et le noir d’un peintre (Merci Marie Stéphane pour les heures d’explications), Il y a un sens et des possibilités ou des contraintes que l’on s’offre.

La corde, je le dis dans mes articles à une vie. Respecter cette vie, c’est vous respecter.

Dans mon historique, les cordes, que j’ai utilisées, retracent mon expérience ou plus exactement mon inexpérience.  Dans un premier temps, j’ai acheté de la corde en nylon, beaucoup trop grosse (8mm) essayant de reproduire des figures trouvées ici et là sur le net. Un coté purement graphique, phantasme d’une esthétique dans la tête d’un jeune adulte, leur couleur blanche rendait bien sur la peau de ma compréhensive partenaire.

Après, j’ai commencé à attacher avec des ceintures de kimono (De Do-Gi pour les puristes de la langue japonaise). Les Bandes de tissus de mauvaise qualité (J’étais jeune et fauché) que l’on utilise en art martiaux. Souples, agréables (Comparé au nylon) mais beaucoup trop courtes. Pourtant cela m’a offert l’opportunité de me détacher d’un phantasme visuel véhiculé par le net. D’ailleurs, cet objet très personnel, véhiculait pour mes partenaires un lien psychologique fort. Leurs retours sur nos expériences m’ont beaucoup apporté sur ma démarche.

2004, fut mon premier voyage au japon et 2005, mon premier long séjour la bas. Et évidement, petite amie japonaise, jeux de corde. Les sex-shops japonais, m’ont permis de me libérer. J’ai décidé d’investir dans une corde en coton rouge de 20 mètres (Ensuite une autre, blanche, de 10 mètres). La matière fut très intéressante, sa douceur, pour ma partenaire et dans mes mains, fut très agréables.  Sa longueur par contre, été horrible, je ne savais quoi faire de ces mètres et mètres de coton. J’ai pourtant développé quelque chose de vraiment personnel avec cette corde. Une continuité, et une dissymétrie où je maniais le corps de ma partenaire, dans des sens et des directions que je pouvais retrouver dans nos jeux les plus intimes.

Retour en France en 2007 avec plein de DVD de bondage en japonais. Des tutoriaux, ou je vais commencer à réfléchir à la technique et ce que je peux faire.  Sur le site des encordés, je vais trouver ma première méthode pour préparer les cordes. Achat au BHV, volonté de me préparer à la suspension, je vais choisir des cordes en chanvre de 8 mm, bien denses. Erreur violente. Bien qu’ayant effectué des heures de préparation (avec le sérieux du débutant qui n’a aucune idée de ce qu’il fait mais répète et répète la méthode), ces cordes garderont une taille et une densité trop importante.  Elles furent  le début de mon étude d’une technique japonaise d’attache.  Et de chouettes compagnes pour mes voyages en train. (Oui, le petit garçon qui jouait avec ses cordes dans le train c’était moi…)

2008, retour au japon, changement de petite amie, exploration de la scène fétish, je suis présenté à Arisue Go. Premier cours, il me prête des cordes. Etonnant elles fonctionnent parfaitement bien avec sa technique. Je suis totalement concentré sur son style. J’achète, sa corde, sa wax, ses bouquins, sa technique… Je pense que ce fut un choix intelligent et très japonais. L’élève se donne complètement au sensei, et je ne me voyais pas attacher avec d’autres cordes. Premier jeu sur ses conseils, 4 cordes de 7 mètres et une corde de 5 mètres, en chanvre bien sur. Jeu que j’agrandirai bien sur rapidement, comme tout débutant en boulimie de cet art (Limité seulement par mon budget).

Sur mon chemin, en 2009, il va y avoir, une réelle déception amoureuse, où ma partenaire va me trahir et jouir des dégâts perpétrés dans ma vie. Cette femme est certainement celle qui m’a permis de chercher le plus profondément dans ma relation aux cordes. Le temps qui suivi fut si fort de douleur, que je ressentais le besoin d’avoir deux jeux de cordes. Un public couleur rouge, un privé couleur naturel. Cela va être aussi le temps où mon voyage à travers le monde BDSM japonais va m’offrir la chance de rencontrer des participants passionnés et où je vais récolter pas mal d’informations l’entretient des cordes.

Un changement va donc se produire, à mon retour en France. Je vais continuer de travailler le Kata de mon sensei, mais aussi commencer à en intégrer d’autres que j’ai appris, observé, recherché… Tout en gardant l’essence de son travail. Mes cordes vont suivre cette transformation,  je commence à choisir ma méthode pour l’entretien et l’amélioration de la corde. Mais je garde les cordes de mon maître, sa technique et surtout son approche et sa philosophie guidant mes pas. 

Fin 2011, j’ai détruis le premier jeu de corde naturel, purifier par le feu, c’est un moyen de passer à autre chose. Le deuxième, ensuite, sera aussi purifié. Résultat, d’un autre voyage au japon et en Asie, ce fut un acte important de libération.
Aujourd’hui, Après avoir récolté des informations, fait pas mal d’essais, je recommence à préparer mes cordes depuis le début, depuis le matériau brut, la corde. C’est peut être de la prétention de dire que je suis arrivé à construire le socle de ma technique, qu’elle m’est personnelle, et que je suis heureux de me développer dans ce sens. Il m’a fallut quinze ans ! Un bon début, non ?

Pouvez-vous le lire dans mes cordes ?  Je vous les présenterai.