La notion de « Hana » – 花

Posted by on fév 6, 2012 in Etude

La notion de « Hana » – 花

Le terme Hana désigne la fleur en japonais. C’est aussi et surtout une notion primordiale dans les arts japonais.

Le japon est un pays insulaire qui a pour très bons amis les tremblements de terre, les éruptions volcaniques et les typhons. Contraintes naturelles qui, mélangées à leur histoire (c’est-à-dire plus de mille ans de guerre civile d’une société très guerrière et militarisée), leur a permis de créer et développer une importante culture de l’éphémère (La grande influence Bouddhiste sur leur croyance, et deux bombes nucléaires aussi). La culture de l’éphémère se retrouve aussi bien dans les habitations (Une maison japonaise sera reconstruite tout les 30 ans), que dans un certain nombre d’arts majeurs (L’ikebana-Arrangement floral et le sadō-la cérémonie du thé). C’est naturellement que nous parlerons d’Hana(Fleur) pour une personne investie, ou dont l’attitude crée une aura particulière.

Ce terme, bien qu’il peut être appliqué à toutes personnes jouant son rôle, est particulièrement adapté au performer. J’aimerai ici reporter un texte, trouvé sur le net, traitant du sujet.

The Noh-play is an art of performance realized in the theatrical relation between the actor and spectators. Zeami calls the aesthetic value of the performance « Flower ». There are three fundamental kinds of « Flower » as follows.

1. The « Flower » of Body (態の花) This « Flower » appears in the sensuous qualities of the actor, especially, sweet voice and charming posture, which only the younger possess. But as he grows older, he loses this transient beauty.

2. The « Flower » of Mind (心の花) This « Flower » comes out at the dimension of performance which harmonizes Mind with Body. At this stage of harmonized Mind-Body attained through the discipline, the actor presents the graceful figure of the Body and expresses the profundity of the Mind. At the climax of the play, spectators sympathize with the deep passion of the personage, contemplating the elegant figure and movement of the actor. Then spectators experience the beauty called « Yugen ».

3. The « Flower » of No-Mind (無心の花) During the course of performance, the actor comes to lose his consciouness controlling the Body and techniques and reach the dimension of No-Mind. No-Mind is the creative subjectivity in human nature. At this stage of performance, the most splendid « Flower » blossoms out.

Sourcehttp://ci.nii.ac.jp/naid/110003714958

Le théâtre de Nō est une performance artistique où la relation entre l’acteur et les spectateurs est primordiale. Zeami nomme sa valeur esthétique « Fleur ». Il détermine trois types fondamentaux de « Fleur » :

1. La « Fleur » du corps (態 の 花). Cette « Fleur » apparaît dans les qualités sensuelles de l’acteur, en particulier, une douce voix et une charmante posture  : les qualités propres à la jeunesse. Mais à mesure qu’il vieillit, il perd cette beauté éphémère.

2. La « Fleur » de l’esprit (心 の 花) Cette « Fleur », se révèle à la mesure de la performance, harmonise l’esprit avec le corps. Atteinte par la discipline, cette harmonie permet à l’acteur de mettre en valeur la grâce du mouvement et exprime la profondeur de l’esprit. Au point culminant de la pièce, les spectateurs sympathisent avec la passion profonde du personnage, contemplant la silhouette élégante et le mouvement de l’acteur. Puis les spectateurs découvrent la beauté appelée « Yugen« (en). (La beauté profonde et mystérieuse de l’univers… et la triste beauté de la souffrance humaine)

3. La « Fleur »  de l’esprit « vide » (無心 の 花) Au cours de la performance, l’acteur perd la conscience du contrôle de son corps et de sa technique pour atteindre une dimension de non-Esprit. Le non esprit, ou l’esprit vide, est la subjectivité créatrice dans la nature humaine. A ce stade de la performance, la plus splendide « Fleur » s’épanouit.

Intéressant non ? Aussi bien pour l’attacheur que pour l’attaché(e).

J’aimerai aussi y reporter les écrits d’un grand maitre d’aïkido français, Franck Noel :

Concert

Le Maître de flûte disait : « Il faut produire chaque note comme si, à elle seule, elle était tout le concert. »

Le Sensei d’Aïkido n’a rien à ajouter à cela.

Habiter pleinement chaque instant. Saisir les harmoniques et résonances de chaque geste dans sa rondeur dynamique ou son pointu perçant. Se garder de spéculer et de se projeter dans les incertitudes du devenir pour simplement être présent et adéquat à chaque moment.

Source : Aikido – Fragments de dialogue à deux inconnues – Franck Noel. 

 

Cette capacité, à être sur chaque instant est précieuse, Unique. Elle doit être très présente dans le kinbaku.

 

Dans une culture qui prend l’habitude de dissocier le corps, l’esprit et l’âme. La recherche d’une harmonie et connexion entre ces trois composantes de notre être semble être le vrai défit qu’un occidental peut trouver dans un art japonais(Ou d’autre bien sur). Un lâché prise, un esprit vide qui est en fait très présent, alerte sur l’instant et sur l’infinité des possibilités.

Beaucoup d’entre nous croyons l’avoir, mais c’est souvent quand nous pensons le posséder que nous le perdons et que notre art (l’expression de notre être)  devient fade et technique.

Il est d’ailleurs intéressant de voir les pratiquants de tout poil, de tout arts se réfugier derrière des critères de vitesse, technique, puissance, ressemblance suivant leurs pratiques (Les pratiquants martiaux sont souvent les plus drôles ou… Ridicules). Que dire de l’engouement pour le travail photo qui cache la réalisation de nos Bondages, pour privilégier le résultat dont on pourra se vanter plus tard ?

Au contraire, se connecter avec son moi profond et le laisser sortir, qu’il soit peine ou joie, plaisir ou douleur… Et s’inscrire résolument dans l’instant, est certainement un acte curatif. Un acte curatif, car nous sommes tous acteurs d’une société où le présent est si violemment nié. La pratique régulière du Kinbaku doit, je le pense, s’inscrire dans une logique d’écoute et de communication, mais aussi de développement de son être. L’extrême ne se trouvant pas dans la complexité technique, ou l’intensité d’une sensation. Mais dans notre capacité à développer l’intimité à l’autre et à soi-même. Terrain fertile pour une Fleur !